Je vais te raconter le fabuleux voyage que nous avons fait au Cameroun.

Nous avons appris que dans notre commune de Ouistreham une association travaillait pour collecter de l’argent afin d’aider une autre association dans une ville du Cameroun à KRIBI. Cette association voulait engager des actions de formation auprès de la population. Ils souhaitaient surtout développer les techniques de pêche et le tourisme .

Les formations avaient commencé et l’association de Ouistreham dénommée CODEKO ( Codéveloppement Kriki Ouistreham )avait décidé d’organiser un premier voyage solidaire et équitable. CODEKO recherchait des touristes volontaires pour aller mettre en application les formations faites sur le tourisme. Nous avons été très intéressés par cette forme de tourisme et par l’idée d’aller découvrir au plus près des populations ce pays qui recevait peu de touristes surtout dans cette région.
Pourtant KRIBI est une ville avec des paysages superbes et de grandes plages en bordure de l’Océan Atlantique; Le climat y est très chaud et agréable mais il ne fallait pas y aller en période de grandes pluies

Un séjour équitable et solidaire permet aux habitants de profiter directement sur le plan financier du séjour de touristes .
Il permet aux touristes de vivre au contact de la population et de mieux connaître leur mode de vie .
Le touriste loge chez l’habitant. Il partage son mode de vie, ses repas, sa vie de famille, ses traditions.
Il fait vivre les commerçants locaux et se documente sur la vie économique locale.

Nous avons voyagé par avion : 32 h de voyage avec les escales

Nous avons atterri à DOUALA , une des villes les plus importantes du Cameroun. Puis un bus nous a emmenés à KRIBI sur la côte atlantique (1h30 de bus sur des routes assez dangereuses ) et une famille nous a accueillis.

Nous avons payé notre séjour à cette famille. Ce type de voyage solidaire permet aux femmes d’avoir un revenu supplémentaire car leurs ressources sont très faibles.(La monnaie est le franc CFA)

La population de cette ville vit essentiellement de la pêche et de la culture qu’elle produit sur leurs petites parcelles de terre (difficiles à cultiver)

Nous nous sommes intéressés
-à la vie des pêcheurs :
fabrique de pirogues
visite du port où débarque le poisson : bar, barracuda, grosses crevettes
fabrication des filets de pêche
conservation du poisson par séchage et fumage
travail des femmes qui préparent le poisson
-au travail de la terre :
Cultures de pistaches , avocats , bananes, mangues et surtout manioc
-aux marchés où les femmes viennent vendre les produits du travail de la terre
-aux artisans : menuisiers , mécaniciens, qui travaillent avec un outillage sommaire
-aux artistes qui travaillent
le bois:l’ébène, le fromager,le padouk (bois rouge ), badanier
les bijoux en os , en coquillage , en bois
les tableaux sur toile et peinture
-aux taxis très nombreux, qui sont essentiellement des motos.

Nous vivions donc dans une famille et y prenions le petit déjeuner et le dîner faits de produits locaux On mange très souvent un plat unique à base de semoule, manioc, bananes plantin grillées, poisson, crevettes de Kribi (très grosses et délicieuses) et des fruits mangues, pastèques.

Les horaires sont à peu près les mêmes que chez nous mais les veillées sont plus familiales .

Les femmes ont un grand rôle dans la vie domestique : elles élèvent les enfants et petits-enfants, préparent tous les repas avec peu d’ustensiles, entretiennent le linge qui sèche sur l’herbe ( j’ai été épatée par la blancheur de leur linge). Il y a beaucoup d’entraide entre les familles. Même si elles vivent parfois dans des huttes, vous verrez toujours les femmes sortir avec une toilette soignée. Leurs robes et pagnes sont magnifiques et très colorés
Elles se réunissent souvent et s’entraident financièrement en mettant en commun leurs économies dans une forme de banque que l’on appelle « tontine »

L’électricité est rare dans les habitations et ne fonctionne pas toujours. On utilisait beaucoup les bougies ou des lampes électriques. L’eau manquait souvent (pas de salles de bain) . La douche se faisait avec de l’eau récupérée après la pluie dans des seaux et des pichets.
Par contre tous les adultes ont un téléphone portable.

La famille nous a fait participer aux fêtes familiales et même à une cérémonie d’obsèques lors d’une veillée près du défunt qui réunit toute les familles, voisins, amis environ 200 personnes Ce sont des fêtes très animées et très religieuses. La religion a beaucoup d’importance au Cameroun . On compte environ 6 à 7 religions à Kribi avec chacune leur lieu de prières. Chacun respecte la religion des autres sans problème.
Nous avons assisté à la fête nationale au cours de laquelle chaque corporation défile ainsi que toutes les écoles, chacune avec un uniforme particulier.

Nous avons pu visiter une école nous avons été stupéfaits par la pauvreté des installations : un tableau et quelques bancs dans un bâtiment à peine fermé, pas de cahiers ni stylo. Les enfants jouaient dans la cour en utilisant leurs chaussures comme ballon.

La visite de l’hôpital nous a bouleversés . Les quelques malades sont accueillis sur des lits en piteux état et attendent que quelqu’un veuille bien payer pour que l’on accepte de les soigne. A un malade qui avait la jambe cassée, on avait fabriqué une attelle en carton.

Ce voyage avait également été organisé dans un 2ème but solidaire : celui de permettre à des femmes de devenir guide touristique . L’ association CODEKO en France oeuvre pour payer ces formations.
Les guides nous ont organisé des sorties :
promenade en pirogue sur le fleuve La LOBE qui se termine par des chutes avant de se jeter dans l’Océan Atlantique (eau à 35° et très gros rouleaux)
promenade en forêt équatoriale après 7 h de pistes. Là nous avons marché parmi les arbres gigantesques et les lianes
promenade en pirogue dans la mangrove
rencontre en forêt de la population « Pygmée » qui nous a accueillis avec des chants et des danses auxquelles on a participé
soirée avec des danseuses et musiciens qui jouent du bongo , tambourin cora et congas.

Le voyage en forêt équatoriale fut particulièrement un grand moment. Mais nous avons été choqués de voir l’exploitation abusive des arbres par les pays riches et par la destruction de cette forêt pour construire des installations gigantesques notamment un très grand port construit par les Chinois pour leur permettre de mieux atteindre les richesses en pétrole et minerais.

Ce fut un voyage très enrichissant sur le plan humain. Nous avons appris beaucoup d’une population qui vit avec peu de moyens, qui vit des produits de leur culture qui poussent de manière naturelle. La rencontre avec les enfants et leurs enseignants nous a fait prendre conscience qu’ils étaient très inventifs et très courageux pour accéder au savoir. Beaucoup d’enfants parcourent plusieurs kilomètres le matin pour venir à l’école et très souvent après avoir accompli beaucoup de tâches ménagères ou autres avant de partir. Et pourtant, ils se sont montrés très gais lors de nos rencontres.

Nous sommes rentrés très fatigués par le long voyage et nous avons souffert un peu là-bas de la chaleur 30 à 35 degrés avec un taux d’humidité très élevé qui rendait les nuits difficiles. Mais je crois que nous sommes revenus beaucoup plus riches sur le plan humain. Cela nous a permis de mieux comprendre leur vie et peut-être nous obliger à réfléchir sur la nôtre.

Et quels souvenirs !